Gary Winogrand, 1954

Gary Winogrand, 1954

samedi 18 mars 2017

D'un texte à l'autre














A peine mise en ligne En friche, consacrée à la déambulation littéraire à Marseille, L'aiR Nu a fait paraître ces jours-ci une nouvelle page, In situ / Incipit : on peut y retrouver la première édition du festival du même nom, qui s'est déroulé en janvier dernier à la galerie Six Elzévir à Paris, laquelle accueillait également une exposition des collages de Mathilde Roux.














Côté collectif, nous avons été tous les quatre partie prenante de cette aventure, mais de façon différente : Mathilde a non seulement exposé, mais également mis en oeuvre et organisé les deux soirées de lectures avec Philippe Aigrain avant de concevoir la page web avec Joachim Séné, tandis que Pierre Cohen-Hadria et moi étions présents en tant qu'auteurs. 














Le texte de Piero, fragment d'un ensemble plus long à retrouver sur son site comme il l'indique au début de sa lecture, parle d'Amiens et de prison, de condamné à mort, de chanson, de géographie de la ville. Tout cela me touche au plus près et je le réécoute en écrivant ce billet. 














Nombreux ont été les textes à m'avoir marquée, de toute façon, durant ces deux soirées, lectures on ne peut plus variées que vous pouvez entendre directement ici.
J'avais choisi, de mon côté, de me servir de la thématique du festival (l'oeuvre littéraire imaginaire du créateur de la guillotine) pour me lancer dans ce qui, après Marilyn, devrait m'occuper un moment : la rédaction de ce qui s'appellera a priori Saint-Germain en Laye, sera lié de façon plus ou moins ténue à Décor Daguerre
(Il me semblait avoir écrit un texte simple, vraiment très simple, j'en suis moins sûre en le réécoutant, me dis : on verra bien quand il paraîtra, comme tous ceux du festival, sur le site remue.net.)














(un peu de château en attendant)

Quant à Décor Daguerre, il paraît la semaine prochaine, le 23, et j'en reparlerai ici dès que je le pourrai, mais on peut d'ores et déjà le trouver et le commander sur la page des éditions de l'Attente - ce depuis hier, précisément ! 
Vous pouvez également tenter d'en gagner un exemplaire en suivant le dernier épisode en date de la rubrique Service de presse de François Bon sur YouTube : c'est facile, il suffit d'y aller de son petit commentaire sous la vidéo.
















DD : le voici, le voilà, il arrive, jusqu'au salon du livre, même.

mardi 14 mars 2017

la villa, les rails



















Ce blog comme une respiration. Comme autre chose que le texte fermé dans son traitement de textes, lequel parfois avance, parfois inquiète, parfois permet lui aussi de respirer. 
J'avais envie d'écrire ici sur le séjour de L'aiR Nu à Marseille, sur notre déambulation mais je l'ai déjà fait en introduction de notre page web puis dans les carnets de résidence, l'espace réservé aux auteurs de la Marelle. Changer de support, est-ce se répéter ? Est-ce vouloir toucher de nouveaux lecteurs ? Seulement ça ?












Ne parler que voyage, paysage à la vitre, souvenir rapide d'Aix sous un ciel menaçant, jours plus doux à Marseille avec la Friche à traverser, les quartiers de la Belle de Mai, des Chutes-Lavie tandis qu'il n'y a toujours personne dans les rues en pente, que le château d'eau en haut du parc Longchamp disparaît sous les échafaudages, que l'entrée du parc sent le crottin (et les mats qui tintent au Vieux Port, cet hôtel où j'ai mal dormi, les méandres du musée... tout s'enroule, se déroule, disparaît dans le vent).



















De retour à Paris, j'ai passé plusieurs heures sur un petit enregistrement que j'ai effectué pour L'aiR Nu, texte qui recouvre en partie un autre texte, laisse entendre des bruits de travaux, de trains. Qu'est-ce que je voulais faire, à tenter d'effacer le texte initial écrit sur la villa par un autre expliquant que je ne pouvais l'écrire ? Quelle inquiétude se dessinait là ? 















Il faudrait dire les rires, le passage à la mer, les cafés, les envies de se revoir, les graphes et la friction des skates à l'entrée de la Friche, la musique entendue, les repas pris ensemble et pas seulement ce vertige né de l'absence de sommeil, du peu de mots disponibles, du tourbillon, vitesse de ces jours où tout ce qu'on rêvait advient. 













On regarde filer alors que c'est le présent encore. On sait bien que ça ne s'attache pas, glisse, ce présent parfait. Que ce n'est pas le moment d'écrire ni même de prendre des photos. Il s'agit d'écouter les gens, de les faire lire et de créer un site pour que quelque chose s'inscrive, se déploie.


Permette un jour d'aller ailleurs, déambulation qui nous a conduit en un an de Strasbourg à Marseille, devrait m'entraîner à Cannes au mois de mai et sur la Côte d'Azur en août. 
(mais oui !)
(monter un dossier, réfléchir, envoyer des mails)













Nous faisons, tricotons, oublions, repartons, discutons avec le sentiment, parfois, d'être devant un vide. Mais non. 













Mais non, au contraire. Tout est là qui tient dans le mouvement.

dimanche 5 février 2017

pendant les épreuves













(fragment d'un arbre de mots-clés représentant les notions développées dans le texte. Les couleurs des traits figurent la nature des liens qui les unissent. La couverture du livre reprend ce dessin réalisé quand j'ai relu le manuscrit la première fois, exécuté au fil de la lecture)

Je viens de terminer la relecture des épreuves de Décor Daguerre, livre écrit en 2013 et que j'ai envoyé aux éditions de l'Attente il y a quelques mois après avoir failli renoncer à le faire publier et sans l'avoir relu, par peur de le reprendre et de ne plus m'en sortir.
(sur ce renoncement à la publication, je pourrais développer, il y aurait même toute une histoire de ce livre à écrire, mais passons)
C'était donc un peu vertigineux d'y revenir et je suis longtemps restée bloquée sur les premières pages, tétanisée à l'idée que le lecteur n'y comprendrait rien et que ma langue était peut-être affectée, précieuse (en même temps, je riais en pensant que si elle avait été plus orale, je me le serais également reprochée). Tout était glaçant, au départ. Et puis, grâce au si précis et bienveillant regard de Françoise Valéry, qui a  compris, je crois, au millimètre ce que j'avais essayé de faire, et n'a pas hésité à me poser un grand nombre de questions, j'y suis retournée.












Pas d'épreuves papier. Mieux : un logiciel de traitement de pdf qui permet d'entrer de longs commentaires dans des rectangles élastiques.
Grand plaisir. Concentration intense. L'impression que ce qu'on est vraiment, au plus profond, sans pouvoir le définir, réside là.
Pourquoi des parenthèses ? Des italiques ? Des italiques dans les parenthèses ? Des parenthèses sans italiques ? Des italiques sans parenthèses ? Questions cruciales d'un dialogue intérieur tourné vers soi ou vers le lecteur, ou les deux, ou peut-être l'un, possiblement l'autre, difficile de trancher à certains moments et pourtant il faut.
Et les citations : guillemets ? Italiques ? Pourquoi ? Comment ? Il s'agit parfois de cacher en disant, de dire en taisant, d'où l'importance de ces signes.













(découpe avant insertion dans le texte principal du "feuilleton" appelé terrain de je/u)

A la fin, je me dis que :
- le lecteur mettra un tiers du livre à entrer dedans, mais que s'il accepte de prendre ce temps, de me faire confiance, le livre l'y accueillera (du moins je l'espère)
- qu'il s'agit, comme je l'ai peut-être déjà dit, d'une radiographie de mon cerveau (cf la couverture), d'un détournement de contrainte (décrire les arrière-plans d'un film sans réussir à s'y tenir), d'un hommage à plusieurs femmes, à la ville de Paris, à sa banlieue, au monde, au déplacement, au mouvement, à la recherche de solutions, à la liberté de l'esprit
- que le livre est construit selon un système d'arborescence dont les éléments, en apparence disparates, sont reliés, on s'en rend compte dans les derniers chapitres (je me suis moi-même fait avoir, j'avoue que ça m'a fait plaisir !)


(et soudain, devant mon arbre de mots-clés, j'essaye de penser mon livre de façon linéaire - ah ah ah)

Le texte initial est traversé par six "feuilletons" qu'à la relecture, j'ai décidé de détailler dans un avis au lecteur dès les premières pages : il ne s'agit pas de brouiller les pistes pour faire sa maligne, de  dissoudre son texte pour cacher les failles, mais d'attraper ce qui surgit au moment d'écrire et de le relier à l'ensemble pour enrichir le matériau.
(La base de DD : les papiers peints, vitrines, étals, outils de travail des commerçants du bout de la rue Daguerre en 1975)















Voilà. Il y a un tronc : la rue Daguerre (du linéaire, ah, ouf !) et des branches : tout le reste.
Sur ces branches on trouve la Wanda de Barbara Loden (ci-dessus), Stella de Sylvie Vergeyde, le centre Cerise ou les trois classes du 93 dans lesquelles j'ai animé des ateliers en 2013.
(par exemple)
(ou Cleo ou Mona)
Il y a également des racines, qui envoient au hasard vers Les Demoiselles de Rochefort 
ou les panneaux des campagnes présidentielles
ou le NEANT
(vous verrez pourquoi)













(tiens, le trou des Halles en 1975)

Bref, ça circule, se balade, c'est en apparence le bazar et comme me l'a fait remarquer Françoise en me signalant une coquille que j'avais faite, transformant Jane B. par Agnès V. en Jane V. par Agnès B : B comme barda ?

Et donc demain, j'envoie les épreuves et retourne à MM, en attendant DD le livre.
(scoop : même Marilyn, en loucedé, est perchée sur une des branches)

samedi 28 janvier 2017

des fragments de lignes













Tu te protèges les oreilles, mais qu'est-ce que tu peux contre le mal de coeur ?












 
Il est bientôt dix heures, ce lundi matin, et toujours aucune trace.


Regarde : il suffit d'un éloignement géographique et de parler à d'autres gens.


Tout à l'heure, que s'est-il passé de nouveau ?













C'est un tout petit mot qui dit : je prends de la distance.

Quels gens ? Quelles distance ? De quoi s'agit-il ? Ci-dessus, les fenêtres d'un hôpital et sinon, de bribes de phrases venues de loin. Une conversation attrapée dans la rue qu'on reprendrait avec soi-même, ou le contraire. Le choix de ces phrases, des photos : des masques successifs pour dire la casse et le chaos quand on se perd en ville, dans le temps et la foule, que la chronologie s'efface, brouillée par des émotions innommables.


















Les autres : la foule. Chercher pourtant les lignes des autres pour retrouver un fil. Quels chaos dans leurs phrases, dans ce qu'il disent, écrivent, acceptent de donner d'eux-mêmes ? Et comment ils s'en tirent, eux, pour ne pas devenir fous à force d'habiter un corps de fragments incompréhensibles ?

vendredi 27 janvier 2017

Qu'on lui coupe la tête



















Tel est le titre du texte que je lirai ce soir, à la galerie Six Elzevir, à Paris, dans le cadre du festival In situ / Incipit de Philippe Aigrain et Mathilde Roux dont voici l'affiche :


















"In situ" (cartographies subjectives et cheminement dans le corps du texte) est le titre de l'exposition de Mathilde qui a lieu du 25 au 29 janvier tandis que "Incipit" représente le mini festival de lectures qui est proposé à la galerie pendant deux jours. Le programme détaillé des lectures (piqué à l'un des participants) est le suivant :

- vendredi 27 janvier 19h30-21h00 :

. Marie Cosnay, La tête d’Orphée
. Christophe Grossi, À corps perdu
. Myrto Gondicas, Ancien régime
. Benoît Vincent, Faux
. Lucie Taïeb, Panser les plaies
. Piero Cohen-Hadria, Guyotat / Guillotin
. Anne Savelli, Qu’on lui coupe la tête

- samedi 28 janvier 19h30-21h00 :

. Virginie Gautier, Blues de la Nation
. Charles Robinson
. Delphine Bretesché, On va dire ça gentiment
. Philippe Aigrain, Les têtes parlantes
. A.C. Hello, La tête d’Olympe
. Anael Chadli,
Voix (en tête) / choix de notes
. Guillaume Vissac, À crâne fendre
. Claude Favre, Scalps ou l’invention

Comme on le constate, le thème général se reflète dans les titres des interventions ! (il s'agissait en effet de partir d'un certain Guillotin) Si vous ne pouvez pas venir, sachez que L'aiR Nu enregistre tout et proposera une page d'écoute sur son site. Sachez également que la galerie Six Elzévir (6 rue Elzévir 75003 Paris, métro Saint-Paul ou Chemin Vert) expose les collages de Mathilde jusqu'à dimanche : n'hésitez pas à passer, il y a du neuf et il est bien beau !

vendredi 20 janvier 2017

Où mènent les 36 secondes

Un jour de novembre dernier qui ressemblait à une journée d'été, dans une rue de Montmartre je suis tombée sur une boucherie qui, à l'entrée de la boutique, vendait pour trois fois rien des terrines de grès dans lesquelles étaient entassés quelques livres donnés par les clients. Les terrines s'achetaient, les livres non. J'ai pris ceux-là, après avoir remercié la bouchère.

Que faire du butin ? Je ne connais pas l'alphabet cyrillique, mais j'ai fini par comprendre que le volume de droite mentionnait Dostoïevski. J'ai cru qu'il s'agissait d'un livre de lui. Comment en être sûre ? J'ai envoyé une photo de la couverture à ma soeur, Lou Brenez, qui parle russe. C'est un livre sur Dostoïevski à Saint-Petersbourg m'a-t-elle appris, écrit par Evguenia Saroukhanian, paru en 1970. Jamais traduit en français, avons-nous découvert ensuite.


(Paris, janvier 2017. Tentative non validée de présentation du livre pour la page de L'aiR Nu. Décision sororale commune)

Quelques temps plus tard, nous avons décidé d'utiliser le livre russo-montmartrois pour la rubrique 36 secondes. Lou a choisi un passage qui évoque Crime et châtiment, l'a lu et traduit. Nous avons revu ensemble cette traduction, que j'ai lue à mon tour, et voilà comment L'aiR Nu, d'une promenade dans le 18e à un café près du jardin des Plantes où j'avais apporté le livre, d'une boucherie (j'ai pensé à Daguerréotypes, bien sûr) à un site web, est un peu bilingue, depuis ce matin...













Que deviennent nos lectures, silencieuses ou sonores, et comment circulent-elles ? A l'instant, grâce à la diffusion de cet enregistrement sur L'aiR Nu, j'apprends que Dostoïevski à Petersbourg est un très bon livre, qui invite à sillonner la ville en découvrant des paysages, en suivant des itinéraires. Celui qui nous le dit n'a pas le temps de le traduire, ajoute-t-il : dommage (on pouvait s'en douter, remarquez : cliquez sur le lien, vous verrez pourquoi !). Il lance l'idée que Lou s'y colle : à suivre ??

jeudi 29 décembre 2016

programme secret













gagner sa vie - prévoir - avoir du pouvoir - décider - entendre non sans que ça entame - ne pas (se) bloquer - reprendre la main pour avoir le choix - construire sur le court, le long, le moyen terme - attraper ce qui passe - pouvoir dire oui - avoir le culot de demander - relancer en riant - secouer les branches - franchir la frontière - affirmer sa place


résister sans que ça fatigue - soigner, entretenir - balayer le mépris, la condescendance, les humiliations d'un revers de manche - devenir autonome - rester autonome - s'unir - se faire payer - donner son tarif - continuer d'écrire 


penser davantage - rester concentré - lire écrire - tenir le journal de ses lectures - trouver le moyen de ne pas se réduire, de ne pas s'empêcher sans entraver personne

 

pousser les portes - proposer ses services - écouter - troquer - ne pas subir - ne pas faire subir - être différent ok il faut croire que c'est ainsi mais maintenant que c'est dit passer la vitesse supérieure