Mandelieu

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mardi 30 décembre 2014

Instin et moi

Un peu d'Instin pour terminer l'année ? 
La revue Hors Sol a demandé à plusieurs d'entre nous quel rapport ils ou elles entretenaient avec le général et propose donc un dossier Instin et moi dans lequel on retrouvera à terme des textes d'une vingtaine d'auteurs. Pour l'instant, on peut répondre à une enquête d'opinion diligentée par Christine Jeanney et lire un texte de Raymond Penblanc dans lequel l'auteur se demande si le GI ne serait pas une femme et s'il ne pourrait pas, à l'occasion, se couper en deux (tiens tiens...).

On peut également nous écouter, Joachim Séné et moi, nous poser un certain nombre de questions sur le général et ses particularités. Je voulais poster ici le texte que j'ai écrit à cette occasion mais je suis en train de me demander si je ne l'avais pas noté à la main, exceptionnellement, et si je ne l'ai pas égaré... C'est bien possible. Tant pis.
Ou alors tendre l'oreille pour le reconstituer ? Tiens, oui, essayons : 

Général, général, qu'est-ce qui me pousse vers toi comme ça sans prévenir ? Est-ce ton nom, général ? Est-ce toi en général ? Non.
Le général en général ne m'attire pas, ni le titre ni le nom (de général). Général général tu parles.
D'instinct le général me gênerait plutôt, tandis que le végétal, le minéral non. Alors je me demande : est-ce ta mort, général, qui te rend à mes yeux aussi particulier ? Est-ce ta mort, minéral, qui te rend végétal et si proche de nous ? Le général Instin qui a perdu son H serait devenu humain, non au moment de mourir mais au moment de le dire, c'est-à-dire toujours ?
Est-ce le nom de la mort que tu dis en riant, que tu dis en grinçant, que tu répètes encore qui nous rassure, nous ? Général, tu m'entends ? Est-ce ta mort en marche qui nous anime, nous, et te rend, général, plus doux qu'un végétal par le vent disparu ? A la terre tombé et mêlé à la brume, mêlé à nous vivants, nous sifflant aux oreilles sans rien changer au monde, du moins en apparence, comme on dit que les morts en général jouent ? Est-ce nous, général, ce H qui te manque ? Est-ce ton vertical, est-ce ton horizontal, corps perdu de la lettre qui tout à coup m'enchante ?
Mon général oblique et sans savoir pourquoi je le suis à la lettre.

*

La voix de Joachim comme des instants de pause, l'incertitude de la ponctuation initiale et même du genre de certains mots : écouter pour écrire modifie quelque chose ?
(à suivre en 2015, peut-être)

jeudi 18 décembre 2014

LVIR #12

A peine rentrée de Besançon, où j'ai donc vu Dita Kepler s'incarner 



















(grâce à Vidal)

où j'ai vu comment on peut danser et écrire, écrire et danser dans un même espace



















(Vidal Mathieu Caroline Magali)

où me sont apparus le géant, la jeune fille, Franck enfant et d'autres corps encore en dialogue avec les mots et la musique



















(Mathieu, Vidal, Rémi à la guitare)

où nous avons déambulé dans Besançon sous la pluie, écouteurs ou casque sur les oreilles, tous synchronisés pour découvrir la ville, marcher, se retourner, observer un passant, entrer dans les Galeries Lafayette, entendre des extraits du Décor du même nom, se retrouver, toujours unis par ce qu'il y a à entendre, autour d'une table dans un café












(Magali et Rémi de dos, photo de Caroline Grosjean)
(et à la fin de notre bande-son commune il y avait un extrait des Anamarseilles en cours d'écriture)



















pendant que, le soir, je rencontrais un lecteur de Ile ronde dont les réflexions provoquaient en moi un véritable écho, me rassurant sur le fait d'avoir écrit ce texte et de l'avoir fait de cette façon - je n'ai presque aucun retour sur ce livre pour le moment, ce qui n'est pas toujours simple

à peine rentrée, à peine à Paris, donc, je découvre, me rappelle que pendant tout ce temps il y a eu aussi du Laisse venir en l'air. A Besançon, bien sûr (cette courte résidence ayant commencé par des improvisations à partir de mes livres déjà publiés, LV a été évoqué parmi d'autres) mais aussi :
- à Marseille, grâce à Pascal Jourdana et à Esther Salmona qui ont consacré toute une Espace fine de Radio Grenouille à notre livre, émission que l'on peut réécouter ici
- à Rouen, grâce à Pascal encore, qui l'a présenté lors d'une journée de réflexion autour de l'influence des outils numériques sur le processus artistique, intervention que voici : 



... et moi je songe qu'en cette fin d'année, LVIR n'est pas au bout de ce qu'il a à dire. Qu'il ne s'agit pas de bilan mais de rencontres nouvelles, toujours, et de perspectives réjouissantes. Que 2015 sera l'année de la danse, par exemple - entre autres !
Le projet de la compagnie les Pièces détachées, conduit par la chorégraphe Caroline Grosjean, s'appelle Diptyque. Voilà, je l'inscris ici et me dis : le travail commence.

mardi 16 décembre 2014

LVIR #11



















Au moment où j'écris ces lignes, la compagnie Les Pièces détachées est en train d'improviser à partir d'un extrait de Ile ronde, monologue de la jeune fille fatiguée par ce beau parleur d'aviateur qui lui vrille la tête. Nous sommes à Besançon, à la Rodia.
Ce matin, dans ces lieux, j'ai vu Dita Kepler apparaître, se courber, se cabrer. Hier, le géant sortir de son puits.
Hier Laisse venir a croisé Franck, à mon grand étonnement.

Au moment où j'écris ces lignes, c'est l'homme inquiet de Fenêtres qui surgit sous une forme double, homme, femme, femme gracile, homme grand, incarnant à eux deux par éloignements, par rapprochements ce voyageur qui ressemble à Humpty Dumty, crie sur le quai parce qu'il est sourd, parce qu'il a peur que le métro parte sans lui, ou avec lui, que les portes se ferment, s'ouvrent... 

Au moment où j'écris : j'écris "en direct",  sans recul, en écoutant les voix, la musique, les touches du clavier. J'écris et je regarde, j'écoute et mes livres se transforment, quelque chose se déplace, devenu matériau.

lundi 1 décembre 2014

LVIR #10












Ce matin, grande avancée (du moins je l'espère) : j'ai accepté d'être filmée, ce qui n'était plus possible pour moi depuis quatre ans, pour parler de Laisse venir. Je ne sais pas si je regarderai l'émission, dont on ne connaît pas encore la date de diffusion, mais au moins voilà : pas de panique face à la petite caméra de Un livre 2.0, la déclinaison web de Un livre un jour, et ce grâce à l'écoute, au regard de Delphine Japhet, et à Pierre Ménard bien sûr. 
Ce Laisse venir progresse, est en train d'exister vraiment nous disions-nous ensuite, tous deux. Le 8 décembre prochain, d'ailleurs, Radio Grenouille diffusera à 18h l'émission Espace fine qui lui est consacrée. Pierre, de son côté,  a de beaux retours sur le texte. 



















(et puis il y en a certains qui l'achètent en librairie, même, figurez-vous !)

La nuit tombe. Avançons. C'est ce que je me dis, en laissant de côté tout ce qui ne prend pas.
Ainsi, oui, ce billet est court précisément pour ça : ne pas s'apesantir sur ce qui par ailleurs pourrait entraver, freiner, arrêter l'élan si on ne luttait pas contre - en silence.