parc de la Vallée aux Loups

parc de la Vallée aux Loups

lundi 23 février 2015

Décor Daguerre #6



« Agnès Varda au fond à gauche » indique l'écriteau au début du reportage.
Un homme, une femme, un vrai couple, annonce la voix off, dans une vraie maison, ajoute-t-elle en montrant cependant le décor du Bonheur, une façade de banlieue, avant de suggérer que cet homme et cette femme vivent chacun de leur côté. Chacun dans un appartement qui donnerait sur la cour ? C'est ce qu'il semblerait.
Harmonie de l'ensemble.
Jacques Demy écrit Les Demoiselles de Rochefort dans une pièce à escalier, à meubles anciens, près d'une fenêtre – mais pas juste en face, à côté.
Dans une seconde pièce, Agnès Varda reçoit la presse pour parler du Bonheur, qui sort. Fleurs dans un vase, colliers au mur.
Demy, le premier, est interrogé et il livre presque tout de lui, alors qu'il croit se taire : l'enfance heureuse brisée par le bombardement de Nantes le 16 septembre 1943 (il donne la date précise). A partir de ce moment-là rien ne compte. Rien de plus atroce ne peut arriver. A partir de ce moment-là on rêve une existence.
La réalité est presque toujours une catastrophe, dans votre œuvre, répond en écho le journaliste, citant Lola, les Parapluies. Il constate, acquiesce.
Devant lui, un téléphone, un cendrier.
Vous vivez seul.
Eh bien j'ai des amis. Et je vis surtout avec ma femme.
Plus tôt, la caméra a montré des chats, du soleil, la cuisine où ils se retrouvent. C'est champêtre comme Le Bonheur, que Varda dit avoir pensé en fonction de deux références : la photographie d'amateur et la peinture impressionniste.
La photographie amateur, vous connaissez ça : vous avez été photographe.
- Non, pas du tout. J'ai été photographe mais jamais amateur. Je veux dire qu'avant de devenir professionnelle, avant d'apprendre, je n'avais même pas d'appareil pour m'amuser.
(sous la politesse on sent l'agacement)
Cette photographie de famille, de clan dont elle savoure le charme a, on s'en doute, influencé le choix des couleurs, des extérieurs. Des chromos assumés, des silhouettes graciles qui pourraient passer des clichés à la pellicule, de son film à elle, Varda, à son film à lui, Demy – pourrait passer la cour.
Cependant : ne pas se gêner. Ne pas se juger. Ne pas se donner de conseils. Se lire, mais à la fin. Ne pas se rendre sur les tournages de l'autre, ou si peu. Ne pas nécessairement comprendre son travail, et tant mieux.

*

=> un reportage de 1972, chez Agnès Varda, rue Daguerre
=> un reportage de 1964, chez Agnès Varda et Jacques Demy, rue Daguerre
=> Les Demoiselles de Rochefort
=> Le Bonheur
=> La photographie

dimanche 15 février 2015

Décor Daguerre #5
















L'épicerie c'est d'abord une immense variété de laits, écrémés, pasteurisés, stérilisés, longue conservation qui déroute la cliente venue de la campagne, parisienne seulement depuis les années 50. Devant elle, en retrait, trois vendeurs l'écoutent tandis que le patron, dans cet espace minuscule, tente de l'accommoder. Autour, tout est rond : les boites de camembert, de pâté, de haricots, les asperges en bocaux et les plats en conserve, les pots de crème et les rochers Suchard. Tout ce qui peut s'empiler s'empile, yaourts, flans et fromages de chèvre : on pourrait sans problème nourrir tout le quartier. Au nom qu'il propose en dernier recours, l'épicier, Gloria, on a déjà le goût du sucre en bouche (et que dire de ces laits en tube qui ressemblent à des dentifrices ?). Vous n'en avez pas de pas écrémé ?
La moutarde, les olives : les marques d'aujourd'hui s'y détectent au logo, sans avoir le temps de les lire. En arrêt sur l'image ce pourrait être 2013, là, devant nous, qui nous montre du quasi rien – excepté le crayon sur l'oreille du vendeur peut-être et la cigarette du client dont la fumée parfume, enveloppe les produits frais. 

*
=> 1975, 2013, rue Daguerre

dimanche 8 février 2015

Décor Daguerre #4















Fermer les yeux, bien écouter. Apprendre ceci : fer de lance, dent de cheval, variolite (parce que la roche présente des ressemblances avec les pustules de la variole), les noms de pierres données par les géologues ont été choisis de façon plus poétique que scientifique. Apprendre que rien sur terre ne résiste au temps. Que les squelettes d'algues font des fossiles, sphères qui ressemblent à des porte-savons. Que le granit pourrit. Que la craie, ce sont encore des squelettes d'algues. Qu'un galet, c'est un silex entouré de craie, que celle-ci disparaît, se dissout, que la silice ne l'aime pas et se regroupe pour l'éviter. Que plus le galet est sphérique, plus il est vieux (quelques dizaines d'années seulement). Apprendre, et entendre plusieurs fois, de plusieurs bouches, car les animatrices se succèdent en reprenant la même leçon, que le marbre et l'ardoise sont des roches métamorphiques, couches soudées, contrairement aux autres roches, sédimentaires ou magmatiques.
(c'est ce métamorphique qui me tient, me plaît, c'est la transformation qui m'attire)

*
=> 1975, école primaire
=> 2012, cdd d'enquêtrice à la Cité des Sciences ; Paris ; travail
=> 2015, atelier d'écriture en collège à Aulnay-sous-Bois à partir de J'apprends de Brigitte Giraud le 9 février (c'est-à-dire demain)

lundi 2 février 2015

Décor Daguerre #3



















A première vue, on pourrait supposer qu'en France, les coiffeurs baptisent leur salon du prénom qu'ils portent (années 70), adoptent tout jeu de mot en -tif ou en -hair (années 80), se laissent désigner par un nom de chaîne qui presque toujours associe le prénom composé et le nom de famille d'un homme, jamais d'une femme (années 90) -pour les mots en -tif ou en -hair, voyez l'oulipien Philippe Didion qui les collectionne depuis les années 2000. 

A première vue, les coiffeurs (Janine et Yves, tel 306.82.39 renseigne la porte d'entrée), qui ont séparé leur salon en deux, masculin (un tiers), féminin (le reste) par une semi-cloison aiment la couleur verte, les motifs floraux, le verre dépoli, les affiches publicitaires. C'est l'époque des blouses roses, pas encore des noires qui feront de la coupe un geste chirurgical.
Tiens, non, pourtant, pas de blouse rose chez Janine. Et comment est habillé Yves ? 

*

=> 1975, rue Daguerre, arrière-plan, vitrine, blouse, couple, constatations empiriques
=> 2013 L'Invent'hair perd ses poils, newsletter dominicale (rubrique)