Arras-en-Lavedan, le syndrome du caméléon, installation de Johan Parent

Arras-en-Lavedan, le syndrome du caméléon, installation de Johan Parent

mardi 31 mai 2016

le prix


on essaye de pousser, de retenir, de relancer, de contrer, de s'approprier, de mettre à distance, de résister quand tout nous dit que nous n'y sommes pas, que ce n'est pas notre place, que nous n'avons rien à demander, à revendiquer, que de toute façon c'est trop tard, rien à voir, il n'y a qu'à plier sans rompre c'est-à-dire anticiper le désir qui n'est pas nouveauté mais répétition du semblable, d'ailleurs repéré par d'autres, lesquels s'y prennent mieux donc à quoi bon plier, demander quelque chose. Et on entend aussi qu'on a choisi la mouise, celle-là, oui, qu'il est de bon ton de s'y perdre mais mal vu de la dénoncer, que la liberté ça se paye sans préciser le prix, que voici : l'impuissance, la réduction du territoire tandis que dans nos têtes ça continue de s'étendre

(ne plus pouvoir acheter un billet de train
ne pas être sûr de s'accorder un Navigo)

parce que dans nos têtes ça se poursuit, oui, refuse de freiner, de se laisser coincer dans l'impasse  reconnaissance = consommation, impasse autoroute on le sait

être une chaise à laquelle il pousse des bras dans le meilleur des cas : non

quant à la pacotille qui permet de tout justifier, images de corps maigres et d'appartements sombres sur les affiches publicitaires (être soi-même, prendre le risque de), déliquescence de déclassés qui fait joli dans les romans vs les costumes cintrés, lesquels ont envahi l'espace (la montre, les chaussures, les chaussettes, la coiffure, le sourire, le rictus, l'armure, l'arme chargée et tu tires dans la foule pour finir)

tout cela dans la même sphère ce qu'on en fait devinez

mercredi 18 mai 2016

Diptyque, suite



















Samedi 21, dans le cadre de la Nuit européenne des musées, la compagnie Pièces détachées proposera Fragments, un programme original en trois temps, avec la chorégraphe Caroline Grosjean, la danseuse Magali Albespy et le guitariste Rémi Aurine-Belloc. On pourra entre autres y découvrir une vidéo qui permet de lire une partie du texte de Diptyque, vidéo que je pourrais montrer ici par la suite.
Tout cela se passera au musée de l'Abbaye de Saint-Claude, dans le Jura, ville où une partie de ce texte a été écrite quand nous étions en résidence l'an dernier.















J'élabore par ailleurs un projet de lecture avec Jean-Marc Montera dans le cadre d'un festival. Pour l'instant rien n'est sûr, mais l'idée de faire vivre le texte de Diptyque de mon côté, en parallèle avec le travail de la compagnie, est en train d'émerger, tandis que Caroline Grosjean a annoncé sur le site de Pièces détachées son désir de voir le texte exister sous la forme d'un livre-objet. 

Même de façon imperceptible, tout avance, n'est-ce pas ?

dimanche 15 mai 2016

bords de Mathilde

 

Voilà que ça me reprend d'écouter les bords de Mathilde Roux, écouter et voir, ce n'est sans doute pas un hasard tant ces jours-ci paraissent des jours à se sentir au bord, à chercher l'équilibre, en être au point de, longer, plonger, bord de l'eau, plages, pataugeoire, grand bassin. 

 

D'abord, il y a les bords de voix de janvier, le long du Loing ou de la Seine, avec leur eau fripée, rayée, opaque et claire et parmi les voix quelques familières.
Bords de voies navigables, aussi.
Monter à bord, être au bord des larmes : les deux ? En même temps, peut-être ?

 

Ensuite, le mois suivant ce sont les bords de quais qui nous occupent, ici et là, les trains à prendre, à ne pas rater, rater le coche c'est toujours possible, question de fatigue, d'abandon. 
On entend tout de même  : là-bas. Là-bas existe, continue d'exister et voilà qui est rassurant.


Il faut aller au bout, avance alors Mathilde, au bout des bords, allons. Moi, docile, je l'écoute, je sais qu'elle a raison. Continuer continuer continue continue dit-elle.
Une autre voix familière l'accompagne. Elle précise : debout !

Des voix à écouter en boucle. Des bords près desquels revenir.

mercredi 4 mai 2016

ici rue Daguerre


Le Paris de... Agnès Varda par mairiedeparis

Contre toute attente, Décor Daguerre est à nouveau en lecture chez un éditeur. La personne qui vient de le recevoir connaît bien mon travail et va me donner une réponse rapide, voilà tout ce que je peux dire pour l'instant. L'esprit à Hollywood, j'ai fait mon deuil de la publication de ce texte depuis longtemps, n'ai pas cherché à réactiver les choses, c'est pourquoi je reste ces jours-ci à Palm Springs ou sur Sunset boulevard même si, évidemment, ici rue Daguerre se remet à résonner et que tout le travail mené sur la notion de décor depuis des années me revient un peu brutalement.


















(mais c'est bien)
Que faire quand on vous dit que le texte n'est pas publiable pour des raisons économiques alors qu'il fait partie d'un ensemble ? On va voir ailleurs sans le renier pour autant. C'est ce à quoi je m'emploie depuis deux ans.

















J'écris ce billet dans le suspens (Quelle sera la réponse ? Que va-t-elle modifier ? Où va-t-elle conduire, surtout) pour observer l'élan qu'il donne, ce qu'il réactive même à ne pas se faire d'illusions. 













Peu importe, de toute façon : tout est lié (Agnès Varda à L.A c'est Mur... murs et mon préféré d'elle, Documenteur) aussi quoi qu'il arrive, ce qui se passera ce sera : continuer à écrire.













(et pourtant la vie matérielle s'ingénie à vouloir prouver le contraire, j'en parlerai peut-être ici une autre fois)


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Photos : reportage de Robert Doisneau à Palm Springs, 1960