l'horloge de la gare de Chartres

l'horloge de la gare de Chartres

dimanche 22 avril 2018

Semaine #16 écoutes, chute, strates de temps














(Paris, parc des Buttes Chaumont)

Lundi mardi Reprendre en douceur, tiens donc, après une semaine chargée où il a fallu s'exposer, parler en public. Cette semaine, non. J'irai à Chartres vendredi collecter du son, me balader et écouter Krzysztof Styczynski, poète et éditeur qui travaille régulièrement avec Serge Teyssot-Gay, dormir à l'hôtel avant de rentrer à Paris, et c'est tout. J'ai envie de prendre un peu le temps, d'arrêter de courir. 
Le mardi, il fait beau, Bruits redémarre, à la fois vite et lentement. Les possibilités qu'il offre m'excitent et me font peur, presque. Tout s'ouvre sans arrêt. Peur ? Je coupe le rythme, vais nager. J'écoute les cris d'encouragement des jeunes nageurs qui passent une épreuve de sauvetage, font une course. La rumeur est rapidement trop forte, les voix s'étendent à l'ensemble du bassin. Sensation que nous nous cognons, à eux, à nous-mêmes.
(deux jours plus tard, le matin, tout le contraire : un maître-nageur passe du jazz tandis que le soleil illumine les lignes d'eau)

J'écoute aussi cette étonnante petite fille qui parle avec son père, raconte le dentiste et quelques horreurs sur Arte Radio. Aujourd'hui, ce doit être une jeune femme.

Plus tard, je reprends Puissance de la douceur d'Anne Dufourmantelle. Elle écrit ceci :
La douceur est un rapport émerveillé à la pensée.
Une sensation d'apesanteur que partagent avec elle les cosmonautes, les comètes. La douceur allège la peau d'être peau, elle ne résonne pas, elle se fond, s'enroule autour des lignes du paysage, ne mouille rien, donne de l'espace aux choses, enlève leur poids aux ombres.
Lessive étendue sur le balcon, jambes nues, manches courtes : toutes les premières fois de l'année se déploient.

Mercredi La douceur, en ce qu'elle peut apporter à mon livre, commence à m'apparaître, toujours grâce au livre d'Anne Dufourmantelle. Je me souviens soudain que Dita Kepler s'en est approchée, que la question est là depuis longtemps, n'a rien à voir avec ce que le commerce en propose.
Je mets par ailleurs une nouvelle minute à Chartres en ligne, que voici :



Jeudi Bruits a exactement quinze ans. Je veux dire par là que j'ai commencé à l'écrire il y a quinze ans. Où est passé le manuscrit ? Je fouille dans mes tiroirs, sur mes étagères. Je retrouve tout, sauf lui : un petit texte écrit le jour de mes 25 ans, des poèmes, un nombre incalculable de versions manuscrites, tapées à la machine (!), imprimées de fictions jamais terminées, jamais montrées à personne, encore moins publiées... Incroyable comme j'ai pu bosser comme ça, pour moi, dans le vide, c'est vertigineux.
Je suis faite de ces strates. Mon écriture vient d'elles. Brusquement, je mesure le travail et l'écart avec d'autres vies (professionnelles, j'entends). Il a fallu tout ce temps, ce silence, ces années pour pouvoir aujourd'hui écrire sur ce blog ceci : je suis en résidence pour un roman, Bruits. Mon livre précédent, Volte-face, est en lecture. Mon livre d'avant, A même la peau, est le fruit d'un travail avec une compagnie de danse. Celui d'avant encore, Décor Daguerre, m'a valu un coup de téléphone d'Agnès Varda l'été dernier. Etc. Et tout cela, je ne l'écris pas dans un nième carnet, une feuille volante que je retrouverai un jour mais ici, prêt à être lu, et sur le site de Ciclic, où des inconnus suivent le semainier. Difficile de mesurer exactement l'écart, mais il existe.

Une fois les carnets, les cahiers, les pochettes éparpillés partout, je découvre que la version d'il y a quinze ans est dans mon ordinateur (toujours sauvegardée, donc).
Elle contient 128 éléments datant de 2003 et 2004.
Il est fort possible que je ne m'en serve pas.

Les 36 secondes, elles, le vendredi, s'élèvent, grâce à Et si le temps n'existait pas ? de Carlo Rovelli (lire l'ouvrage d'un physicien sur le temps et l'espace me fait un bien fou) et Blaise Cendrars.













Vendredi Chartres par très beau temps pour aller faire du son, traverser le jardin de l'évêché, longer la rivière, rien de mieux. Je commence à trouver mes repères et ce sera tout à fait le cas à la fin de ma résidence, je le sais. Pour cette fois, je collecte, croise, hasard ou non, trois habitués des ateliers, me rends à la lecture, dors à cet hôtel des Poèmes que j'avais pris en photo en février dernier.













Est-ce du tourisme ? De l'écriture ? Autre chose ? Un privilège, cette balade le long de la rivière où travaillaient les tanneurs, les lavandières de la ville basse au Moyen Age, auxquels je pense tandis que des lycéens discutent, se balancent des vannes, que les canards sommeillent, que je rate mille photos à prendre du son ?

A l'hôtel, je suis ce qui se passe à Tolbiac, découvre ce que j'ai exactement envie de lire.

Le samedi matin, terrasses tranquilles, marché. Des Anglaises, des Allemands vont à la cathédrale. Un père explique à son fils la différence entre une bibliothèque et une librairie. Je bifurque, retourne à l'Esperluète quand je fatigue, reprends le train avec trois livres. Je sais que j'ai bien fait de rester dormir cette fois, de prendre un peu plus de temps que d'habitude, ne serait-ce parce que j'ai pu raconter mon histoire de "minute à" à qui voulait l'entendre (deux m'arrivent par mail dès le dimanche : merci !).

















 
Retour à Paris à midi. L'après-midi, je décide de passer voir l'exposition d'Agnès Varda à la galerie Galerie Nathalie Obadia, dans le Marais, sachant qu'elle y sera. Je ne pense pas lui parler longtemps, juste lui faire un petit signe.
Le petit signe, c'est plutôt à moi-même que je le fais : en pleine cogitation à propos de Bruits (même cause, même effet, j'étais déjà rentrée dans une rambarde en allant à la piscine l'autre jour), juste avant d'arriver, je m'étale de tout mon long en traversant la rue de la Verrerie. Talons, robe de printemps, sang, pharmacie, belle écorchure au genou : j'arrive à la galerie avec un pansement conséquent, au moment même où Jane B. va s'assoir aux côtés d'Agnès V et lui parle. Bien. Je fais un tour, me dis qu'en ce qui concerne la conversation, ce sera pour une autre fois !















(la même Jane à la Galerie de l'Instant, même quartier, quelques temps plus tôt, lors du vernissage de l'exposition Gainsbourg, salle pleine à craquer, oh, partir, revenir)

Ce n'est pas le lieu, ce n'est pas le moment : ce que disait ce signe. Ce que je retiens, et qui m'intéresse, c'est ce que j'entends Rosalie Varda expliquer de cette cabane constituée d'une seule pellicule de 1965 et des deux autres (cabane des Créatures, que j'avais déjà vue à la fondation Cartier, cabane de Sans toit ni loi, qui n'existe pour l'instant qu'à l'état de maquette) : l'espoir qu'elles voyagent, intéressent ; que cette exposition soit un début. 




















(la cabane est une serre, dont voici l'entrée)

Semaine instructive, donc, des livres conseillés aux manuscrits retrouvés, de cette chute qui m'indique à quel point je ne serai jamais mondaine, c'est ainsi, à ce que m'apprend le livre de Carlo Rovelli sur la gravité quantique, du soleil qui change la vision de la ville à l'écoute de Chartres (orgues, gravier, rivière,  ados, cloches...). 

*
La semaine prochaine, nouveau départ : mercredi, ce sera Belfort, deux jours d'immersion pour écrire avec les danseurs de Pièces détachées.

dimanche 15 avril 2018

Semaine #15 espace-temps

(la Vallée aux Loups au printemps)

Lundi Je commence pour de bon à écrire Bruits. Les premières minutes du livre sont tout sauf paisibles, je le savais, l'ai toujours su, et ce sont bien celles-là qui viennent. De [06:00] à [06:02] (le livre commence à 6 heures du matin), trois minutes de fiction violente, voilà pour la journée. Peut-être que la douceur de Chartres, je ne la découvrirai qu'après la résidence ? Ou jamais ? Qu'importe, ce qui compte est ailleurs, dans le mouvement. 
Et puis, comment faire autrement, avec ce qui se passe ces jours-ci à Notre-Dame des Landes et dans les universités ? 

Mardi Création d'une minute (sonore, celle-là) dans la galerie marchande près du Monoprix de Chartres, destinée à ce que j'aimerais voir devenir un portrait miniature et collectif de la ville, à la fin de la résidence.


J'aimerais, oui, que les habitants participent à ce projet, créent eux-mêmes leurs minutes et qu'en juillet nous ayons une heure d'écoute à proposer aux auditeurs. Pour cela c'est simple : il suffit d'enregistrer une ambiance sonore, d'écrire un texte, de le lire à voix haute, de mixer les deux sons et de faire une photo (vous habitez Chartres ? Vous avez quelque chose à dire de cette ville ? Bienvenue !).

Mercredi Ce jour-là, c'est Saint-Ouen la ville de référence, où j'ai vécu il y a vingt ans et où le conseil régional d'Ile de France est désormais situé. Une rue Simone Veil qui ne se trouve pas sur la carte, un groupe de voyageurs qui, sorti du métro, s'y dirige d'un seul homme : de nouveaux repères pour l'audonienne que je fus. Tout un quartier se construit derrière le quartier de la mairie où je retrouve des bâtiments connus, la salle de sport qui était alors ma bibliothèque, le parking où je m'entraînais à conduire... Bruits, qui est un très gros projet, pourra avancer après l'été grâce à la convention que je signe ce matin-là. Secrètement, je me félicite d'avoir commencé à l'écrire, délaissant l'emprise du Marilyn et l'atonie secrétée par l'attente pendant qu'il est en lecture : j'évite ainsi l'impression de voler les gens...



















Jeudi Bruits, de plus, commence à vivre sa vie sans moi, puisque le 12 ont lieu conjointement à Paris la soirée de lancement de la revue Espace(s) du CNES, dans laquelle sont publiées les minutes minuit et minuit une du manuscrit, et à Chartres la rencontre avec Virginie Gautier.


(photos de Yann Dissez)

L'équipe du CNES m'a proposé de venir lire mon texte mais s'y est prise trop tard. La minute minuit reste donc au chaud dans les pages de la revue tandis que j'interroge Virginie sur ses livres, sur le rapport qu'elle entretient avec la fixité et le mouvement en particulier. Elle nous lit à la fin trois extraits de son texte en cours, lié à la marche qui l'a conduite il y a quelques mois de chez elle à Notre-Dame des Landes : il nous fait forte impression.
C'est une très belle soirée, vraiment, et je suis contente à plus d'un titre : parce que c'est la première fois que nous organisons quelque chose toutes les deux mais également parce que je n'avais pas animé de rencontre avec un auteur depuis longtemps et qu'il me semble m'en être tirée (ouf ! joie et soulagement).


Tant mieux, d'ailleurs, car le lendemain soir, c'est Joachim Séné que je cuisine sur sa relation à l'écriture, au numérique, au code, au collectif... Nous sommes à la Vallée aux Loups, dans la bibliothèque de Chateaubriand dont la disposition a changé pour l'occasion. Joachim a installé un réseau wifi interne et peut projeter sur écran des exemples de ce qu'il fait en ligne, sur son site personnel comme sur relire ou rature. Nous parlons également de L'aiR Nu, puis il lit un passage de son dernier livre paru, Equations football.
Il était important pour moi de faire entendre l'auteur, pas seulement le créateur numérique. L'écoute dans la salle est belle, le public semble découvrir tout un univers et nous le dit : on sent bien que quelque chose s'ouvre et circule, cette fois encore.














(photo de Joachim Séné)

Samedi Me voilà déjà de retour dans cette même bibliothèque, pour mon atelier mensuel. La veille, j'ai lu un extrait du dernier livre de Virginie Gautier dans les 36 secondes, et j'en parle un peu lors de cette session dédiée aux rencontres, aux voyages. Une fois de plus, et malgré le nombre important de participants, tout le monde s'écoute. C'est un atelier bien peuplé, littérairement parlant, aussi : on y entend des extraits de textes de François-René partant pour l'Amérique, d'Albert Londres de passage à Marseille, de Martine Sonnet qui arpente son Montparnasse Monde, de Jérôme Game nous livrant à la vie des aéroports (dans les 36 secondes également) et de Françoise Héritier dont le dernier livre est une ode aux rencontres.

Ecrire, disions-nous : la suite la semaine prochaine...

dimanche 8 avril 2018

Semaine #14 Circulations

 









Dimanche Au cinéma (à Paris, il ne passe que dans une seule salle, L'Espace Saint-Michel), le film qui sort et que je veux voir, c'est Après l'ombre de Stéphane Mercurio. On y découvre d'anciens prisonniers de longues peines venus au théâtre grâce au metteur en scène Didier Ruiz qui monte une pièce forgée à partir de leurs témoignages. Non seulement ils disent ce qui est parfois indicible, mais ils portent cette parole sur scène. Le film est tout autant un regard posé sur eux, leur histoire, leur redécouverte du monde après la prison, que sur ce qui fait théâtre.
J'ai déjà évoqué ici plus d'une fois les documentaires de Stéphane Mercurio, découverts grâce à celui qu'elle a réalisé sur les femmes de prisonniers, A côté, à peu près à l'époque où Franck est paru. Depuis, je suis son travail, et éprouve, à chaque fois, la justesse de son approche.
Un conseil : allez-y, donc, ne ratez pas ce film.


















(photo d'André de Dienes)

Lundi mardi Cette fois, c'est la bonne, Volte-face est terminé et je commence à faire "circuler" le texte, comme on dit, en l'envoyant à des amis auteurs. Les premières réactions, le jour même, sur les premières pages sont bonnes, ce qui bien entendu m'encourage. J'ai tellement pris de plaisir à écrire ce livre que j'espère bien en avoir transmis, aussi !
En même temps, sans doute parce que j'ai fini, tout un petit cortège de phobies apparaît. Que faire ? La seule chose qui m'en distrait un moment c'est, étrangement, la lecture d'une biographie croisée de Karl Lagarfeld et d'Yves Saint-Laurent trouvée à la bibliothèque Villon. J'y viens probablement par Cecil Beaton, l'un des photographes de mon livre (Marilyn est d'ailleurs citée plus d'une fois dans les premières pages) mais ensuite, je suis la première à m'étonner de suivre ainsi sur 500 pages la relation explosive qu'entretenaient deux types aussi créatifs qu'infernaux, semblant avoir en horreur toute relation profonde (YSL ne pouvait supporter de voir quelqu'un de déprimé face à lui, il fallait lui faire croire que tout allait bien en toute circonstance...). Je me sens carrément sur une autre planète, à des milliers de kilomètres et c'est sans doute ce qu'il faut, sorte de transition avant de retrouver Bruits.

Mercredi : Justement, à propos de Bruits, une très bonne nouvelle s'annonce, qui me permettra de continuer à l'écrire l'an prochain grâce à une résidence en lycée. J'y reviendrai vite. Pour l'instant, je n'arrive pas trop à en parler, toujours engluée dans mes phobies post-écriture (peur de la foule, ce genre de choses). Je reste chez moi et je copie les parties de ce semainier liées à Chartres pour Ciclic, l'agence du livre de la région Centre, qui a accepté de les publier sur son site. Je prépare aussi de nouveaux ateliers, etc.













Jeudi vendredi samedi Plein de petites choses à faire, reprendre les 36 secondes, monter de nouvelles "minutes à"... Pour les 36 secondes, oui, voilà qui est fait : ce vendredi, on y entend un extrait du fameux Yoko Ono de Christine Jeanney dont je parle sans arrêt, traversé par une chanson de Sting au café, et un passage de Puissance de la douceur d'Anne Dufourmantelle enregistré dans la galerie photo de l'Esperluète, pièce qui résonne beaucoup - ce qui est d'ailleurs à prendre en compte lors de la préparation des rencontres.
Quant aux "minutes" et à leurs enregistrements, la lutte contre le vent de Chartres passera par une bonnette du plus bel effet finalement trouvée à Paris samedi dans une boutique près du conservatoire de musique, à la Villette. Un peu tentée de la tester en entendant quelques notes de piano échappées du lieu, mais non, je m'en sers plutôt l'après-midi en arpentant la gare de l'est, devenu, pour un temps, un oloé.













(y chercher les assises, y écouter les bruits)
Où l'on découvre que cette gare-là peut être apaisante, que les gens s'y côtoient sans heurt ce samedi de printemps.
Agoraphobie qui s'éloigne : merci à ce qui se frôle, se croise, s'interpénètre sans s'obstruer...

*
La semaine prochaine, on ira à Chartres enregistrer la ville, y faire de la radio, y recevoir Virginie Gautier (jeudi, à 18h), avant de retrouver la Vallée aux Loups deux fois : le vendredi avec Joachim Séné (à 19h) et le samedi en atelier.

dimanche 1 avril 2018

Semaine #13 Relecture, mutations urbaines, engueulades et cosmogestation



















Dimanche Je me rends au CNES pour le festival Sidération mais, heure d'été aidant, assez tard. Je ne fais que suivre des couloirs, regarder, observer, prendre des photos de maquettes et de combinaisons spatiales, avant d'assister à une fin de conférence sur la "cosmogestation" (Est-il possible de faire un enfant dans l'espace ?) qui m'amuse, me change les idées - moi et deux autres visiteurs, nous nous sommes fait engueuler par un faux astronaute au bout d'un couloir où nous n'étions pas censés nous rendre et où il préparait une performance. Il nous parlait sèchement mais nous étions dans le noir, ne pouvions le voir, ne pouvions même savoir que c'était à nous qu'il parlait, ni qu'il était tourné vers nous, nous l'écoutions sans lui répondre, ce qui le poussait à continuer, situation absurde, bref. 

Le thème du festival est l'anecdote, justement (Anecdotes et faits divers), autrement dit ce contre quoi je me suis construite après avoir lu un texte de Genet quand j'avais une vingtaine d'années. Pas d'anecdote, donc, dans les deux "minutes" de Bruits confiées aux éditions de l'Attente pour la prochaine revue Espace(s) du CNES qui leur a donné carte blanche et paraîtra le 12 avril.
En attendant, ce que je voudrais, c'est que celle de l'astronaute au bout du couloir ne tue pas le désir de rêver d'espace, ni d'écrire. Mais je ne crois pas. Pour commencer, la cosmogestation m'a lavée du non-sens de la situation (!).














Lundi mardi mercredi Première relecture de Volte-face, plus rapide que je ne pensais - mais, méfiance, attendons la seconde. Le manuscrit est augmenté d'une page. Surtout, je n'ai qu'une envie, c'est de rester plongée dedans. Que faire de Bruits
Mille choses. Patience. Bruits est un jeu de piste.
Pour VF : unifier les sous-titres. Vérifier quelques informations (très peu, en fait, pour le moment, du micro-détail). Paginer, même si je n'ai pas l'intention, a priori, d'effectuer un tirage papier.
En écrivant cette phrase, je me rends compte que, déjà, pour A même la peau, je n'ai imprimé le texte à aucun moment. Jusqu'à Décor Daguerre, j'avais besoin de faire une impression du manuscrit au moment des relectures. Depuis, quelque chose a changé, semblerait-il. Volte-face fait pourtant l'équivalent de 450 pages de livre... Pourquoi ce besoin d'une vérification sur papier, d'une spatialisation différente du texte, passé de l'écran à la feuille, n'est plus à l'ordre du jour ? Je ne sais pas au juste. Ce qui est sûr, c'est que pour mes deux derniers livres, j'ai tout envoyé par mail aux éditeurs et que j'espère vivement continuer à le faire pour des raisons à la fois écologiques, économiques, pratiques et logiques.















Jeudi vendredi Relire sans pitié les passages qui m'ont parus les plus complexes, voilà ce qu'il reste à faire tandis que le vendredi, j'anime un atelier à Chartres, enregistre un peu de son où je peux (il pleut), aux alentours et dans la librairie.
Ces passages où je ne reste qu'une journée commencent à suivre quelques rituels : regarder comment avancent les travaux de la gare et du futur théâtre ABC ; passer à la médiathèque une fois descendue du train et changer d'étage à chaque fois... C'est fugace, et j'ai hâte qu'il fasse beau pour élargir le cercle, mais c'est déjà une sorte d'appropriation.


















 (en douceur, on a dit)

Ouvrir la porte de la pièce où ont lieu les ateliers. L'après-midi, nous travaillons à partir d'une citation du Yoko Ono de Christine Jeanney, dont François Bon lit longuement des extraits dans cette vidéo, Yoko Ono dans le texte, décidément "le" livre de ce début d'année en ce qui me concerne. Il s'agit, lors de cette séance, de passer de la photo à la musique grâce aux clichés de jazzmen de Jean-Pierre Leloir qui nous entourent, puis de la musique au(x) bruit(s) grâce à Y.O et John Cage, mentionné par Christine Jeanney et que Magali Albespy évoquait lors de son passage à la radio, rappelez-vous.

Au début de la séance, nous discutons d'autre chose : j'ai découvert, quand Magali est venue, qu'il était "impossible" d'entrer et de sortir du même côté au Monoprix situé près de la librairie : on entre par la rue principale et on sort forcément par la galerie commerçante, alors que le magasin est traversant. Ayant fait le chemin à rebours pour 1. vérifier si Magali s'y trouvait ou non 2. l'attendre devant l'entrée principale puisqu'elle n'y était pas 3. refuser de passer par la galerie pour ne pas risquer de la rater, puisqu'elle était peut-être passée par l'entrée principale voir si j'y étais pendant ce temps-là, etc., bref, éviter une blague à la Tati, je me suis (once more) fait remonter les bretelles par une vendeuse. Eh bien les participants à l'atelier ont commencé par trouver évidente cette circulation forcée, parce qu'ils y sont habitués et que l'argument a été intégré ("c'est pour éviter les vols"). C'est simplement au bout de quelques secondes que cette question de la liberté de mouvement rognée au fil des années leur est apparue. J'ai vu leurs visages changer, c'était même étonnant.

On dira que ce n'est rien, et (puisque ?) que c'est pareil partout - même chose au Franprix en bas de chez moi, il y a une porte vitrée très pratique mais elle ne s'ouvre que pour entrer dans le magasin, pas pour en sortir, pour "éviter les vols". Détail qui laisse flotter dans l'air un parfum de suspicion généralisée, contrainte spatiale qui s'ajoute, pour la parisienne que je suis, aux sièges "assis-debout" des quais de RER, aux très inventifs dispositifs anti-sdf, aux barrières anti-migrants, à l'encadrement des manifestations, etc.
Bien l'intention d'être très attentive à ces "détails" qui orientent la circulation des personnes dans Bruits.

(en douceur, disait-on)

Samedi Je découvre que la vidéo de la rencontre avec Delphine Bretesché animée par Alain Nicolas pour les Enjeux contemporains de la littérature, festival organisé par la Maison des Ecrivains est en ligne (depuis le mois dernier...). Le sujet en était les mutations urbaines. En voici l'adresse. N'hésitez pas à aller à la fin de la vidéo écouter la lecture de Delphine, inspirée par sa résidence d'un mois au Québec : ça vaut vraiment la peine !



Sinon, pas de 36 secondes pour L'aiR Nu encore cette semaine. Plongée dans mon manuscrit, je n'ai pas le temps de lire les livres des autres, ce qui me manque, d'ailleurs. La semaine prochaine, j'espère.

dimanche 25 mars 2018

Semaine #12 première(s)













 
Semaine où je n'écrirai ici sans doute pas beaucoup, car il y a à faire.

Dimanche Me rends chez Christie's pour la première fois pour admirer les tableaux de la collection Rockefeller bientôt en vente. Un Gauguin magnifique représentant une vague géante, des baigneurs minuscules qui s'enfuient, mais trop de monde devant : je ne collecte que cette petite pomme de Picasso.
Lundi, mardi La relecture de Volte-face galope, j'en suis à la moitié. Très étonnée du peu de corrections pour le moment. Ca ne saurait durer, si ?
Et Bruits ? Pour avancer un peu, je monte et poste cette minute sexy (!) et douce à la médiathèque de Chartres : 


Mais déjà, mardi soir, publie.net fête ses dix ans, et nous intervenons avec Virginie Gautier et Joachim Séné pour une lecture à trois voix, balade dans les textes récents ou plus anciens de la maison. Lucien Suel, Maryse Hache, Juliette Mezenc, Pierre Ménard, Cécile Portier, Mathilde Roux, Martine Sonnet, Sébastien Ménard... (j'en oublie). Joachim propose, pour L'aiR Nu, un mur mouvant d'extraits de textes que vous retrouverez bientôt en ligne.











On y entend












(Julien Boutonnier)











(Fred Griot)
Nadine Agostini au début, François Bon à la fin et entre eux deux d'impressionnantes lectures de Julien Boutonnier et de Fred Griot avec ses musiciens, le tout présenté, courtes citations de Christine Jeanney à l'appui, par Guillaume Vissac, après rappel de ce qu'est aujourd'hui la maison par Philippe Aigrain, le président de publie.net.

















(ici, Guillaume Vissac)
Les photos ci-dessus, sauf celle de Julien Boutonnier prise par Pierre Ménard, sont de Philippe Aigrain. A ce propos, Pierre Ménard  a capturé quelques fenêtres sur mon Ipad : bravo pour le coup d'oeil !



















Nous sommes tous, dans l'ensemble, assez bariolés, à naviguer dans le catalogue...

(Roxane Lecomte, à qui on doit les très belles couvertures des livres, avec Philippe Aigrain)













Bien contente également d'y avoir vu François Bon, qui lisait du Berit Ellingsen. Le dimanche suivant, il met en ligne une vidéo de la soirée sur sa chaîne Youtube, qui en annonce d'autres : à suivre, donc, la semaine prochaine.

Que vive publie.net et son équipe, et qu'ils prospèrent : ce qu'on m'aura dit plusieurs fois, après les lectures, c'est à quel point nous semblons nous entendre. Oui, c'est vrai. Pas de concurrence mais une écoute réelle, du soutien mutuel. Utopique ? La question ne se pose pas : c'est du présent pur, qu'on savoure après avoir fait au mieux pour que les choses fonctionnent. 
Ensuite, elles se mettent à circuler : ainsi, à la Vallée aux Loups j'irai interroger Joachim en avril sur son travail, retrouverai Virginie à Chartres ce même mois, puis à Montpellier fin mai en compagnie de Juliette Mezenc et de Guénaël Boutouillet... Parmi les gens avec lesquels je monte des projets ou travaille, tous ne se connaissent pas. Quand ils se rencontrent, j'ai souvent dans l'idée qu'ils vont s'entendre et, en effet, ça marche. Etonnant, non ?

















(Cowboy Junkies, photo de Christophe Basterra)

Mercredi jeudi vendredi  Départ pour Clermont-Ferrand mercredi et son festival Littérature au Centre, au sein duquel je vais parfaitement me sentir, à la fois un peu seule et entourée, trouvant le temps de voir un ami, poursuivre la relecture de VF, parler de Bruits et donc y penser, croiser la manif du jeudi, rencontrer des lycéens, écouter la passionnante conférence d'Olivier Mongin sur les villes et les flux, assister à une représentation de danse liée au thème, si porteur, des émotions refoulées...
Pas le temps pour les 36 secondes, par contre, qui attendront la semaine prochaine.


















(valise de VRP à plusieurs éditeurs)














(salle vide du lycée où j'interviens le jeudi, juste avant l'arrivée des élèves. J'y lis des extraits de Fenêtres et de A même la peau, effectuant, en tout cas pour moi, une sorte de boucle métropolitaine, montre le teaser de Diptyque, celui de Laisse venir et je ne sais plus trop quoi encore... L'heure file à toute vitesse, pas le temps de beaucoup d'échanges mais une belle écoute)


















(se balader dans son pâté de maisons et hop, voilà ce qu'on trouve)

Le jeudi, c'est donc intervention au lycée, le vendredi, au sein du festival. Je présente une partie de ce que je fais en compagnie de Bernard Lescure, professeur de lettres que je remercie de sa générosité, de son attention à ce que j'écris, s'il passe sur ce blog. J'ai l'occasion de montrer un peu du Dita Kepler codée par Joachim Séné et le teaser de Diptyque, si beau...
A la sortie, une spectatrice me dit qu'elle me trouve déroutante, mais qu'elle a envie d'aller y voir de plus près. Déroutante ? Je me trouvais très cohérente, moi, pourtant, avec mes décors personnages, mes personnages décors, ma narration arborescente ! Mais voilà qui me plaît, et je prends, bien sûr.
Je découvre par ailleurs que tous les Décor Daguerre présentés devant la salle ont été vendus : c'est la première fois que j'entends cette phrase, "on a tout vendu" ! (on ne m'en voudra pas : je me fais le plaisir de la noter ici, pour les jours de déprime, s'il y en a)


















A l'aller, j'avais profité de ma place de première en Intercité au maximum (pas de bruit, soleil illuminant le paysage mais pas sur le visage...) pour relire VF avec attention. Au retour, toujours en première, je me retrouve avec une place imaginaire, une mystérieuse place 34 qui n'est pas indiquée. Place imaginaire en première, en première vraiment mais dans l'imaginaire, place qui invite à en prendre une autre, wagon qui contient cette place... Voilà qui est parfait.

Samedi : à la cinémathèque, Peaux de vaches de Patricia Mazuy, avec Jean-François Stévenin et Sandrine Bonnaire, film qui décape. La réalisatrice, qui intervient à la fin de la projection, a un franc-parler qui me réjouit. Au festival de Clermont, à un moment je me suis sentie basculer quand un historien qui intervenait sur les bas-fonds, son sujet de prédilection, nous a englobés dans un tout, celui des gens qui n'en font pas partie mais qu'ils fascinent. Prenant sa suite, j'ai indiqué que non, je ne pouvais faire partie de ce tout, ai expliqué pourquoi. Que d'une certaine façon, je me sentais du côté des bas fonds - merci alors à Bernard Lescure, qui a lu Franck, de son appui.
Le lendemain, même si je n'en sais rien, il m'a semblé que Patricia Mazuy aurait pu dire la même chose.

Dimanche : continuer la relecture de VF, puis se rendre au festival Sidération du CNES. J'ai candidaté par mail pour enfiler une combinaison spatiale, mais pas de nouvelles, à mon avis ça ne marchera pas... Tout comme les vidéos de François, à suivre la semaine prochaine.

dimanche 18 mars 2018

Semaine #11 faire


Dimanche Lafayette Anticipations, donc, ses paillettes partout, sa boutique ridicule (on y vend des stylos quatre couleurs savamment disposés) mais aussi cette vidéo sur deux étages, The silence of the sea, qui me donne une idée. Je note. Ecrire c'est potentiellement faire main basse, embrasser, étrangler, n'avoir d'avis sur rien, se débattre, déformer, faire sonner, refuser, pétrir, secouer, empoigner, caresser, lâcher...
Je suis d'une humeur massacrante au retour, ce qui n'a rien à voir avec cette sortie ni même avec l'écriture. Qu'en faire ? Quelque chose. 












(pas ça, du calme)
Structurer, organiser davantage ? (déjà que) S'en demander plus ? (encore ?) Où se trouve la clé quand on se sent dépossédé, passif devant ce qui arrive ?
Explorer. Explorer encore. Expérimenter, car là il y a à faire, c'est-à-dire oser, rater, s'exposer, accorder sa confiance... Et trouver de l'aide, ne pas rester seul-e.
A bien y réfléchir, je me suis toujours arc-boutée contre ce qui me faisait violence (hiérarchie, chantage affectif, peur, mépris de classe, sexisme, jusqu'aux horaires fixes et toujours les mêmes ce qui m'a empêché, et à jamais, d'avoir une vie professionnelle "normale", pas étonnant si Bruits est minuté) : ça ne risque pas de changer, me dis-je, et ça me rassure.
Explorer est plus souple, cependant, plus énergisant.
Penser aux danseurs, s'en inspirer. Penser à ce qui vibre. A ce propos, ce que nous avons fait dimanche grâce à Magali Albespy, ce moment de danse, de musique, de partage, de lecture appelé INO peut être écouté en ligne



















Lundi Nage de 7 à 8h. Dans le métro, la passagère à mes côtés est très énervée, tendue. Moi non. Elle ne me transmettra rien. Pourtant je n'ai pas fait une nuit complète depuis combien ? On ne compte plus. Dans mon sac, comme souvent, deux livres car je ne sais lequel choisir : tant pis pour le mal de dos. Or il se trouve que















sans le faire exprès, j'ai pris deux Yoko.
C'est la Yoko de Christine Jeanney qui m'inspire. C'est Christine Jeanney et son écriture. A cet instant, dans cette fatigue, sur le siège du métro près de cette femme qui soupire, s'agace, je me sens entourée, calmée, bercée, prise dans les bras par le livre, qui m'y inclut (me voilà dans le texte, oui) même à ne pas tout saisir.

Christine Jeanney écrit :

"Y.O aime la musique des bruits et celle des silences : John Cage dit que l'artiste n'est pas une sorte d'humain spécial ; il dit que chaque humain est un artiste spécial ; qu'il faut accepter le chaos, les glissements, les chutes, les grincements, les sifflements, les écouter ; et elle le pense aussi.

Elle collecte les bruits (action de recueillir des dons, du latin collecta, participe passé de colligere, ramasser, relever ; quête, réunion, assemblée des fidèles avant le départ en procession vers le lieu de célébration, une prière, oratio ad collectam : d'où le nom de collecte).

Elle dit qu'il faudrait collecter les bruits en les laissant entrer en soi par la mémoire ; se les remémorer, les déplacer en soi à l'intérieur et, quand ils sont tous réunis, y mettre du désordre (COLLECTING PIECE, automne 1963)

Pas forcément les bruits qui ont un sens, pas forcément ceux qui déclenchent des images fortes (sirènes d'ambulance, coups de feu, avalanches, pleurs, rires, hoquets et cris). Plutôt les autres bruits, les bruits fragiles, ceux qui n'ont pas la grâce, les anodins, les anonymes."

John Cage, déjà la semaine dernière, n'est-ce pas...













Mardi La ville serait une maquette de Legos blancs, on y adjoindrait des bruits de neige, des paroles de passants. Des lycéens autour écriraient des haïkus. Je serais là, assise, à tenter de faire de même sans intervenir. Bruits à l'Université de Marne-la-Vallée, le parcours miniature de mon personnage inventé, voilà comment tout commencerait.
Nouvelle extension du projet (j'en reparlerai). Ne jamais se décourager. Ne s'inquiéter de rien.
Je sors de sa cachette un carnet géant à mes initiales, fabriqué par mon beau-père (celui qui a dessiné les cartes de Décor Lafayette) il y a bien vingt ans, auquel je n'ai jamais osé toucher - couverture rouge, initiales dorées, voyez. J'époussette, je scotche ce qui, depuis le temps, s'est un peu déchiré. Je pose à plat, sous presse, pour qu'il reprenne forme. Je sais ce que j'en ferai.
En attendant, de retour de Noisy-Champs c'est un peu n'importe quoi, acte manqué de qui candidate à un appel à projets, clique sur fermer au lieu d'enregistrer après avoir longuement répondu. C'est qu'il doit y avoir du pain sur la planche par ailleurs, sans doute.
Le soir, veille de retour à Chartres, mise en ligne de la première "minute" de la résidence :




Mercredi Journée à Chartres. La lecture du Yoko Ono de Christine Jeanney m'accompagne dans le métro, dans le train, partout. J'enregistre le silence du cinquième étage de la médiathèque, retrouve ses recoins ; déjeune seule et tranquille dans un salon de thé ; tente d'acheter une bonnette à la Fnac pour mon enregistreur (égaré la mienne dans le parc de la Vallée aux Loups), peine perdue ; cherche à écrire dans la salle d'exposition de la librairie, qui présente donc des photos de jazzwomen and men prises par Jean-Pierre Leloir ;


















achète Puissance de la douceur d'Anne Dufourmantelle (à partir des travaux de laquelle Claire Lecoeur s'apprête à faire écrire) ; visite la cathédrale mais n'y vois, ni perçois presque rien à force de chercher à faire des photos et du son ; entends fuser des insultes sur le parvis, désuètes, réelles, inopérantes ; reprends le TER. Comme à l'aller, fascinée par la banlieue au soleil (je crois que la maquette agit sur mon regard), je me laisse happer par les juxtapositions, les reliefs, la perception des dimensions.



















Jeudi, vendredi Tout à coup, la relecture de Volte-face se met à battre son plein. Je trouve le temps, tout de même, d'enregistrer et mettre en ligne les 36 secondes, liées à l'Exquise Louise d'Eugène Savizkaya que tant de gens aiment. Mais sinon, à peine casé une séance à la piscine : me revoilà en 1944 avec Norma Jeane à l'usine, en 1945 sur une plage californienne, etc. Pour le moment, le travail va plus vite que prévu, ce qui me surprend. Je commence à dessiner, comme du temps de l'arbre de Décor Daguerre, mais cette relecture finit par dépasser le plan de l'exposition que j'esquisse : continuons à avancer, donc !
Sur Facebook, j'ouvre avec plaisir un dossier photo consacré aux autres femmes du livre. Il y en a évidemment de très connues (Lauren Bacall, Ingrid Bergman) mais également d'autres, telle Bunny Yeager (ci-dessus), passée de pin-up à photographe, qui a contribué à la célébrité de Bettie Page, ou encore l'étonnante Mabel Normand. Ce livre est plein d'hommes (les photographes), plus encore de femmes. 


Côté son, il y a du neuf à écouter, puisque la deuxième émission consacrée à la résidence à Chartres est en ligne sur la page de la radio, avec pour invitée Magali Albespy. On y entend, à un moment, ce très beau duo qu'elle fait avec Caroline Grojean, où elles improvisent autour de la chanson River of no return... de Marilyn, surprise !

J'ai justement Caroline au téléphone au retour. Nous parlons d'une future collaboration autour du nouveau projet de Pièces détachées, Exit 87, dont le point de départ est le premier chapitre de Cowboy Junkies. Cette fois, je n'écrirai pas mais proposerai aux danseurs de le faire, sans doute en expérimentant de nouvelles façons d'"animer" un atelier d'écriture - joie de faire autrement, de changer, et de retrouver l'équipe le mois prochain.

Radio, suite : l'émission Variations Mozart de Philippe Aigrain, invité par David Christoffel pour sa "radio parfaite", diffusée dans le cadre du festival Printemps des Arts de Monte-Carlo, est également en ligne. J'y ai contribué en déambulant le long de l'avenue Mozart et en demandant aux commerçants de me parler de leur boutique... Clin d'oeil à Daguerréotypes, bien sûr, mais également à L'aiR Nu (nos locaux ne sont pas loin) qu'on peut entendre au début, avant des contributions de Virginie Gautier, Mathilde Roux et Benoît Vincent. On s'est bien amusés, je crois qu'on peut le dire !













 
Samedi Après un rendez-vous manqué lié à Marilyn (partie remise, j'espère), me voilà au salon du livre pour parler, en compagnie de Pascal Jourdana, des livres numériques de la Marelle. Les tablettes se présentent sous une cloche de verre, ce qui ne manque pas, sur le moment, de me faire un certain effet subliminal (pour le comprendre, il suffit de se rendre ici).
Comme Pascal le rappelle, Laisse venir, écrit avec Pierre Ménard, a été à l'origine de la maison d'édition de la Marelle. Avec Pascal et Fanny, que je connais depuis longtemps maintenant, nous aimons beaucoup travailler ensemble, espérons poursuivre nos aventures - je voudrais écrire sur un cargo, pour tout dire ! Dans le métro, je relis des passages d'Anamarseilles, me dit qu'il faudrait faire vivre tout cela encore un peu plus.

Dimanche Je commence la journée par regarder Trois hommes sur la photo, un documentaire lié à la photo la plus célèbre de Jean-Pierre Leloir, celle qui réunit Brassens, Brel et Ferré. Ensuite ? Ce semainier. Puis retourner à Volte-face...

*

La semaine prochaine, nous fêterons les dix ans de publie.net mardi soir (voyez donc la belle affiche ici), puis je me rendrai au festival Littérature au centre de Clermont-Ferrand.

dimanche 11 mars 2018

Semaine #10 avant, arrière, accueil et hasards



















Lundi, mardi Ce manuscrit terminé, c'est si fort, comment redémarrer ensuite ? Il y a Bruits qui titille, ce qui est parfait. Mais encore ? Il y a les mails, les messages en retard, l'organisation qui doit reprendre. A ce propos, justement, comment mettre en place la relecture de VF, qui va être longue ? Se décider pour une heure par jour, ou plutôt deux demi-journées par semaine, ce qui aurait l'avantage de ne pas obnubiler constamment ? Je ne sais pas encore. En attendant, répondre aux mails, donc, et préparer le prochain atelier à la Vallée aux Loups, la lecture pour les dix ans de publie.net, le festival de Clermont-Ferrand qui se profile, la journée du vendredi à Chartres... 
Sauf que. Virus. Au lit, au ralenti. 

A noter : Magali Albespy parle de la pratique de danse et d'improvisation qu'elle a mise en place à partir d'un texte de John Cage et à laquelle je participe parfois sur cette page. Elle fait aussi un peu de place sur son site à Volte-face (dont c'est la toute première trace écrite en dehors de ce blog, même si le texte vient d'ici !).

En ce début de semaine, même si je ne suis en rien efficace, je prête attention à ce qui se présente : cette vidéo des bruits et sons chez Varda apparue brusquement en ligne, ou encore le bruit, la musique de mes 18-20 ans présents dans la Fabrique de l'Histoire, sur France Culture (tout ce que je n'ai pas nommé dans Cowboy Junkies ni Franck et pourtant s'y trouve secrètement).



Mercredi Impression que ça patine, même si je prépare les 36 secondes, liées à la lecture que nous ferons, avec Virginie Gautier et Joachim Séné, pour les dix ans de publie.net, et envoie quelques mails. Pour Clermont, je veux voir si la vidéo de Fenêtres, âgée de 7 ans, pourrait être projetée pendant que je lis le texte. Mouais. Pas sûre que ce soit l'idée du siècle d'associer les deux.
C'est un peu la journée des retours en arrière, de toute façon, en ce qui me concerne : relecture de livres, mise à jour de ma fiche pour la MEL (qui date, vraiment !), retrouvailles avec cette vidéo de la ligne 2 (tant de changements depuis).
Voilà, en attendant : la rubrique 36 secondes sous influence de la soirée publie, est prête, hop, c'est déjà ça.

Jeudi Préparations diverses, suite. Samedi, un hasard : l'atelier que je mènerai à la Vallée aux Loups samedi sera consacré aux bruits, aux sons, à l'écoute du monde et il aura lieu en même temps que l'atelier sonore mené par Joachim Séné à la bibliothèque François Villon, à Paris. Contrairement à Dita Kepler, je n'ai pas le don d'ubiquité, ne pourrais y être, me concentre donc sur ce que je dois faire, mais tout cela est porteur, au moment d'entamer Bruits...
Au début de la séance, je ferai travailler les participants à partir d'une courte pièce de théâtre, Le Bruiteur, de Christine Montalbetti, parue récemment. Et ensuite ? J'ai une idée mais voilà que je tombe sur cet appel



qui, par ricochet, m'invite à écouter



reportage sonore où l'anarmorphose est convoquée... bref.
Avec Virginie Gautier, nous travaillons sur les textes choisis pour les dix ans de publie. Le soir, je vais l'écouter lire des extraits de Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire, y retrouve des amis. Soirée douce...













Vendredi Journée à Chartres, à découvrir la médiathèque, qui me plaît tout de suite (j'en reparlerai, je pense) ; à suivre le spécialiste de la ville Michel Brice dans le quartier de la cathédrale, à imaginer avec lui les bruits du Moyen Age ; à rencontrer Nicole et Lucien Giraudo, qui s'occupent des expositions de la galerie de l'Esperluète et du festival Jazz de mars, lequel débute le lendemain. Ils sont en train d'accrocher des photos de musiciens issues de la collection de Francis Paudras dans l'espace où se tenait plus tôt l'exposition Bernard Plossu et où Magali a dansé.














Avec Olivier L'Hostis, nous visitons ensuite le chantier de la gare, en pleine rénovation depuis un moment, allons admirer en particulier la constellation des voyageurs, vitrail que l'artiste Jean-Paul Albinet réalise autour de l'horloge du bâtiment, de laquelle partent ou convergent des motifs ronds d'une couleur particulière, le jaune d'argent. Jean-Paul Albinet nous explique qu'il l'a choisi parce qu'il est présent dans les vitraux du Moyen Age, dont ceux de la cathédrale, si je me souviens bien. Nous sommes invités à regarder le vitrail du couloir qu'emprunteront les voyageurs pour passer sous les voies, terminé par un escalier qui donne dans le hall : nous imaginons comment, un jour de soleil, l'horloge, les motifs du vitrail leur apparaîtront, illumineront cette entrée (Bruno Loire nous précise que cela devrait permettre une lumière diffuse, non un ensemble de ronds projetés comme on pourrait le croire). Nous prenons des photos, mais nous engageons à ne pas les diffuser (le chantier est pour l'instant interdit au public, il faut attendre l'inauguration). Ce qu'il me semble, à moi, c'est que grâce au vitrail, à sa couleur, à son rayonnement, l'horloge donnera aux voyageurs la sensation de les accueillir. Simple impression dans le gris de ce jour, mais forte.













 (voici, tout de même, l'horloge du côté de la façade extérieure, que tout le monde voit)

Bruits est un projet minuté et, pour cette raison, toute horloge m'intéresse. Je prends en photo celles que je croise depuis le début de l'année - on en voit déjà quelques exemples  au fil de ce semainier. Disons que celle de la gare, dont j'ai pu découvrir les coulisses par hasard, tiendra peut-être une place particulière.

Le soir, c'est le début du Printemps des poètes à la librairie, où est invité Denis Ferdinande, rencontre organisée par Christophe Esnault qui lit également, ou plutôt fait lire au public, des textes parus à L'Atelier de l'agneau.  Il nous présente pour finir la chaîne Youtube qu'il anime, Le manque. On y voit des "haïklips" et des clips un peu plus longs dont Mourir à Chartres, autre façon de voir la ville - c'est vrai qu'une soirée, ici, commence à 18h et finit à 19h30, il faut le savoir !















Samedi Retour à la Vallée aux Loups pour le septième atelier, et début de printemps dans le parc. Je commence à réaliser que c'est bientôt la fin, qu'il ne reste plus que trois sessions. Cela aura été une belle expérience, heureuse, riche d'échanges. J'imagine déjà le souvenir qu'elle deviendra, ce qui n'a rien d'une anticipation nostalgique.
Patraque quand même depuis lundi, est-ce que c'est lié à l'énergie dépensée pour terminer VF la semaine dernière ? Mystère. En tout cas, pas envie que ça dure...

Dimanche Soleil. Bien envie de découvrir ce Lafayette Anticipations dont j'entends parler depuis longtemps - forcément, puisque le décor Lafayette est ma propriété !
Auparavant, je regarde à nouveau le diaporama "Trois classes trois villes" que j'avais réalisé pour accompagner l'écriture de Décor Daguerre en 2013 : s'y appuyer pour ma présentation à Clermont, oui, peut-être.

Sans cesse, des allers-retours, qui n'en sont jamais tout à fait.

*

La semaine prochaine, on devrait aller faire un tour du côté de Marne-la-Vallée, passer à nouveau une journée à Chartres, cogiter Marilyn (deux demi-journées par semaine, c'est décidé, après consultation de mes camarades Claire Lecoeur et Delphine Bretesché dans le métro post-lecture de vendredi !), prendre ou honorer des rendez-vous et enfin aller au Salon du livre (car il s'est engagé à #payersonauteur, n'est-ce pas ?).